Pas besoin de contourner la vérité : le paiement de la pension alimentaire n’a rien d’automatique ou d’intouchable. Certaines situations précises permettent, à bon droit, d’y échapper ou d’en réclamer la suppression.
Vous craignez de devoir verser une allocation alimentaire à votre ex-conjoint, ou la décision de justice pèse déjà lourd sur vos finances ? Il existe des cas bien déterminés où le versement peut être suspendu ou annulé :
- La responsabilité de la séparation incombe à l’autre personne ;
- Le revenu, la capacité de travail ou le niveau de vie du bénéficiaire ont évolué ;
- Le bénéficiaire vit désormais en couple ou s’est remarié ;
- Le bénéficiaire décide de renoncer à l’allocation.
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Indemnité d’entretien : quand les conditions économiques changent
Si une pension d’entretien vous a été imposée, au profit de vos enfants ou de votre ex-conjoint, il reste possible de demander une révision ou une suppression si votre situation financière a évolué.
En l’absence de changement réel dans vos revenus ou votre situation, inutile de saisir le tribunal. Mais si vous perdez votre emploi, passez au chômage ou devez faire face à des frais imprévus, la loi prévoit la possibilité de demander une révision du montant ou la fin de l’obligation. Prenons un cas concret : si vous payez une pension alimentaire pour vos enfants, et qu’ils déménagent avec l’autre parent dans une autre ville (décision prise d’un commun accord), vous pouvez solliciter une révision ou la suppression de l’allocation. Les déplacements fréquents pour maintenir le lien parental risquent d’alourdir vos charges ; le juge en tiendra compte. Les évolutions familiales ou logistiques, comme un nouveau foyer ou des obligations supplémentaires, peuvent donc justifier une demande d’ajustement.
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Indemnité alimentaire : quand la séparation est imputable à l’autre conjoint
La loi prévoit que la faute à l’origine de la rupture conjugale peut être attribuée à l’un des conjoints, notamment en cas de non-respect des obligations du mariage (infidélité, abandon, violences, défaut d’assistance…). Le principal effet : la perte du droit à l’allocation alimentaire et la suppression du droit à l’héritage du conjoint fautif (sauf si le divorce n’est pas prononcé). Par exemple, si un conjoint espionne l’autre (caméras, écoutes à l’insu de l’autre), refuse d’aider en cas de maladie, ou se désintéresse des besoins familiaux, il s’expose à être reconnu responsable de la rupture. La trahison, longtemps perçue comme la cause d’une séparation, est aujourd’hui envisagée différemment par les tribunaux : elle traduit souvent la fin d’une relation déjà fragilisée, plus qu’un facteur déclencheur. Ainsi, si une liaison extra-conjugale intervient après des années de tensions ou de violences, le juge peut refuser d’y voir la seule cause de la rupture. Faire porter le blâme ne garantit donc pas la suppression automatique de la pension alimentaire.
Indemnité alimentaire : suppression possible si la situation financière évolue
En règle générale, le juge impose le versement d’une pension alimentaire au conjoint dont la situation économique est la plus solide. C’est la disparité des revenus qui fonde ce droit. Mais si la situation de votre ex-conjoint s’améliore (hausse de salaire, donation, héritage, gain financier important), vous pouvez demander la suppression ou la révision de la pension alimentaire.
Comment procéder ? Il est impératif de ne pas agir de votre propre chef : la loi prévoit deux voies possibles :
- Procédure devant le tribunal ;
- Négociation assistée.
La voie judiciaire s’impose s’il n’existe pas d’accord avec votre ex-conjoint : il faudra alors que votre avocat saisisse le juge, en exposant les changements justifiant votre demande. Le juge examinera les arguments de chaque partie avant de trancher. Si vous êtes parvenus à un accord, même sans motif majeur, la négociation assistée permet d’adresser une demande conjointe, signée par les deux ex-conjoints, pour modifier ou supprimer la pension. Cette demande, rédigée par l’avocat, sera transmise au tribunal pour homologation.
Petite précision : dans l’évaluation des ressources du bénéficiaire, on tient compte non seulement de ses revenus directs (travail, loyers, biens matériels), mais aussi de sa capacité de dépense. Les aides ponctuelles ou dons de la famille, en revanche, ne sont pas considérés comme des revenus pour l’appréciation du droit à pension.
Indemnité alimentaire : nouvelle vie de couple ou remariage
Si votre ex-conjoint se remarie ou partage sa vie de façon stable avec une autre personne, vous pouvez demander la suppression de la pension alimentaire à son bénéfice. Ce droit ne s’applique pas à la pension versée aux enfants, qui demeure obligatoire. Pour que la suppression soit possible, il faut que la cohabitation présente un caractère de stabilité, de régularité et de continuité : en clair, que le nouveau partenaire participe réellement à la vie quotidienne et au budget du foyer. Les liaisons passagères ou à distance ne suffisent pas à remettre en cause la pension alimentaire.
Par ailleurs, si vos propres ressources diminuent (perte d’emploi, revente d’un bien, naissance d’un nouvel enfant), vous pouvez également saisir le tribunal pour demander une révision à la baisse de votre obligation alimentaire, toujours avec l’appui d’un avocat.
Renonciation de l’allocation par le bénéficiaire
Dans certains cas, le bénéficiaire de la pension alimentaire choisit d’y renoncer. Une déclaration formelle suffit : elle atteste de son autonomie financière et de sa volonté de ne plus réclamer cette somme. Il faut toutefois rester vigilant : cette renonciation n’est jamais définitive. Si la situation financière du bénéficiaire se détériore par la suite (perte d’emploi, saisie de biens…), il peut revenir sur sa décision et demander à nouveau le versement d’une pension. Par ailleurs, une renonciation prononcée lors de la séparation n’empêche pas d’en réclamer le bénéfice lors du divorce, puisque le juge réexaminera la situation au moment de se prononcer. L’allocation de divorce elle-même peut faire l’objet d’une renonciation, mais en cas de besoin avéré, le juge pourra rouvrir le dossier. En clair, cette question reste toujours susceptible d’évolution.
Voici en résumé les cas où vous pouvez, légalement, ne plus avoir à verser une pension alimentaire à votre ex-conjoint :
- Votre situation économique est égale ou inférieure à celle de votre ex-conjoint (revenus, biens immobiliers, placements, activité) ;
- La séparation a été reconnue comme imputable à votre ex-conjoint ;
- Votre ex-conjoint vit en couple de façon stable, régulière et durable avec une autre personne ;
- Votre ex-conjoint a officiellement renoncé à la pension alimentaire.
Gardez cependant à l’esprit que le droit à l’allocation, comme sa suppression, dépend de l’évolution des situations de chacun. Les circonstances changent, les revenus fluctuent, les familles se recomposent. Tenter de cacher ou de modifier frauduleusement votre situation pour échapper à la pension alimentaire n’est pas une solution : la loi ne tolère pas les manœuvres, même quand elles semblent servir vos intérêts les plus pressants.
Article 151, alinéa 2 du Code civil ;
Cass. Civile n° 5378 du 11/03/2006
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Allocation de divorce : paramètres après les sections unies n° 18287 du 11 juillet 2018
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