Le marcheur qui pose ses pieds sur un sentier de pèlerinage connaît bien cette sensation : la nature répare quelque chose. L’effort, le silence, la vue sur un paysage ouvert rééquilibrent ce que la vie urbaine a désorganisé. Cette intuition trouve un prolongement inattendu dans les jardins thérapeutiques des maisons de retraite, où le jardinage devient un outil de soin à part entière, reconnu par la recherche médicale sous le nom d’hortithérapie.
Jardiner pour soigner : une pratique qui s’appuie sur des études solides
L’hortithérapie repose sur un principe simple, la biophilie : les humains ressentent un besoin profond de contact avec le vivant. Appliquée aux personnes âgées, notamment en EHPAD, elle produit des effets documentés. Une méta-analyse internationale publiée en 2022 dans PLoS ONE, portant sur 1 046 participants et 15 études cliniques, a mis en évidence des améliorations de la qualité de vie, de la fonction physique et de l’humeur chez les personnes âgées pratiquant des activités de jardinage thérapeutique. Une étude menée à l’EHPAD Lépine-Versailles, en partenariat avec la Fondation Médéric Alzheimer, a quant à elle observé une amélioration significative de l’équilibre statique et du bien-être immédiat après 16 séances d’hortithérapie sur huit semaines. Les résidents participant aux ateliers exprimaient davantage d’interactions sociales, de sourires et de rires.
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Pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, l’intérêt est particulier. Les gestes du jardin, souvent appris dans l’enfance, s’appuient sur la mémoire procédurale, qui résiste plus longtemps au déclin cognitif. Planter, arroser, tailler : ces actions répétitives et rassurantes créent des moments de réminiscence apaisants et contribuent à réduire l’agitation.
Concrètement, comment se déroulent ces ateliers ?
Selon France Alzheimer, dont les recommandations ont été actualisées en janvier 2026, les ateliers de jardinage thérapeutique se tiennent en petits groupes, dans des espaces aménagés avec des jardinières surélevées accessibles aux personnes à mobilité réduite ou en fauteuil roulant. Une séance dure en général entre 1h30 et 2h et alterne observation des plantations, petits travaux pratiques, moment de retour au calme et parfois dégustation de fruits de saison. L’objectif dépasse la simple activité physique : il s’agit de valoriser la capacité de choisir, de renforcer l’estime de soi et de maintenir des échanges entre résidents.
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En Île-de-France, c’est notamment avec l’association Les Carottes Sauvages que de nombreux établissements médico-sociaux ont développé ce type de programme. Spécialisée dans l’animation par le jardinage thérapeutique et l’hortithérapie, cette structure travaille depuis une petite dizaine d’années avec des EHPAD, des résidences séniors, des accueils de jour et des bailleurs sociaux. Elle s’appuie sur des approches d’éco-culture et de permaculture, et affiche parmi ses partenaires des groupes comme Clariane, Emeis, DomusVi ou encore Les Petits Frères des Pauvres.
Pour les familles de résidents, en particulier celles sensibles aux vertus de la marche et du contact avec la nature, ces initiatives représentent souvent bien plus qu’une activité de loisir. Elles font le lien entre la liberté du dehors et le quotidien de l’établissement.
Un même fil entre marche et jardin
Ce qui relie le randonneur-pèlerin au résident qui taille ses herbes aromatiques n’est pas si éloigné : la présence au monde, le rythme lent, la relation au vivant. Le pèlerinage aide à se libérer, à voir autrement, à retrouver quelque chose d’essentiel. Le jardin thérapeutique, lui, restitue aux plus fragiles un espace de sens et d’autonomie. La nature, finalement, soigne de bien des façons.

